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Anne,
Duchesse de Bretagne, et qui monta deux fois sur
le trône de France, s'est acquis par ses hautes
capacités une réputation et une gloire
qui lui appartiennent en propre.
La force d'âme avec laquelle elle supporta,
à la mort de son père, les plus grands
revers, son habileté dans la direction de
son duché, sa sage et prudente régence
pendant la guerre d'Italie, la protection qu'elle
accorda aux arts, aux sciences et à toutes
les entreprises utiles, l'ont placée au rang
des femmes les plus illustres.
Si
quelquefois son esprit d'indépendance bretonne
revêtit un caractère dominateur et
orgueilleux, on doit pardonner cette faiblesse humaine
à une intelligence qui, presque toujours,
comprit si dignement la mission de la reine et celle
de la femme.
Fille
unique de François II, duc de Bretagne, Anne,
toute jeune encore, succéda à son
père dans un moment où les prétentions
de la France sur le duché de Bretagne (prétentions
qui s'appuyaient déjà sur plusieurs
victoires) rendaient la conversion de cette province
à peu près impossible.
A
la mort de François II, des dissensions,
fondées sur des intérêts individuels,
éclatèrent dans le conseil de la jeune
duchesse, et lui rendirent l'administration souveraine
encore plus difficile. Ceux mêmes à
qui leur position faisait une inviolable obligation
de la protéger se soulevèrent contre
elle.
Son
tuteur, le maréchal de Rieux, mécontent
de ce qu'elle refusait la main d'Alain d'Albret,
protégé par lui, lui fit fermer les
portes de Nantes, au moment où elle se réfugiait
dans cette ville pour échapper à un
parti de l'armée française qui avait
voulu l'enlever à Redon. Avertie à
temps de cette lâche trahison, et indignée
d'une semblable déloyauté, Anne monte
à cheval l'épée à la
main, et, suivie de Dunois et de ses principaux
officiers, elle se présente aux porte de
la ville, ordonne qu'on lui ouvre, et impose tellement
aux rebelles que les ponts-levis s'abaissent devant
elle.

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